Charbelogie - 7
Saint Charbel
…selon ses
contemporains
Père Hanna Skandar
Traduction du
frère Simon Rizk
Les publications
du couvent Notre Dame du fort
Menjez, Aqqar -
Liban 2008
www.Saint-Charbel.com & www.menjez.com
Charbel fou de
Dieu
Charbel ivre en Dieu
C’est le titre du premier livre écrit sur le Saint du Liban, Charbel Makhlouf, et qui parle de sa relation avec Dieu et ses frères, les moines, de sa vie ascétique et des mortifications qu’il a vécues …
Charbel fou de Dieu
C’est ce titre qu’on pourrait attribuer au livre du "Père Hanna Skandar", intitulé "Saint Charbel selon les témoignages de ses contemporains". C’est que la vie que notre Grand Saint a menée n’était pas normale au sens propre du mot, parce que sa conduite, ce qu’il faisait et toute sa vie étaient incompatibles avec la logique d’homineux. Les contradictions radicales, qui régissaient sa vie, suscitent en nous l’étonnement, le questionnement et la perplexité … Est-ce normal qu’un homme se dépouille, à ce point, de son humanité et de ses émotions pour vivre comme s’il était dans un autre monde? Est-ce normal qu’il renonce autant à son affectivité au point de refuser la rencontre de sa mère et ses frères quand ils venaient le voir, et leur envoyer de tier les recevoir? Est-ce que de vœu, l’obéissance qui consiste à se démunir de sa propre volonté pour obéir à ses supérieurs qui représentent Dieu pour lui, l’oblige à se soumettre aux plus jeunes moines, en période de formation, et par suite d’obéir aux ouvriers mêmes, aux domestiques et aux associés qui travaillaient avec lui dans les champs? Enfin, est-ce normal qu’il s’abstienne au manger alors qu’il a faim, attendant des ordres fermes de le faire, à savoir que les heures des repas dans les couvents et les ermitages sont bien fixées, et que l’obéissance à la cloche qui sonne, appelant les moines soit à la prière, soit au travail, ou bien au manger, s’assimile aux ordres donnés par les supérieurs?
En effet, si nous essayons de comprendre et d’interpréter la conduite de Saint Charbel selon notre logique humaine, nous serons incapables de la rejoindre; aussi, toute interprétation et explication au niveau humain nous seraient-elles inaccessibles quand il faut livrer à ceux qui le demandent, l’argument de l’espérance et de la foi qui sont en nous. (1P 3,15)
La vie de Charbel dans son ermitage, Saints. Pierre et Paul à Annaya, est singulière à tous les niveaux paramétriques. C’est un homme qui a abandonné le monde pour vivre avec Dieu à tel point qu’il était devenu fou de Dieu … Assez souvent, la folie se caractérise par une attraction totale envers l’autre, ou vis-à-vis d’une pensée ou bien d’une opinion … au point qu’ils deviennent l’unique obsession de l’homme qui abdique le réel.
Il en était ainsi de Charbel pour qui Dieu signifiait tout … et par la suite, il lui incombait de lui rendre ce tout, étant donné que Dieu représentait son seul idéal auquel il tendait, après avoir confié son destin à Dieu qui est devenu son unique finalité. Charbel pouvait désormais effectuer des miracles au nom de Dieu qui agissait comme intermédiaire et son intercession; par la prière, il éloignait les sauterelles des propriétés du couvent, guérissait les malades que ses supérieurs recommandaient à ses prières, et allumait la lanterne remplie d’eau et non pas d’huile.
Fréquemment, nous entendons bon nombre de ceux qui sont affichés du "demi-savoir" critiquer la vie des moines, des ermites et des anachorètes, et se demander sur leur utilité dans la société où ils vivent … en particulier celle où nous vivons, société de la nécessité matérielle et de la consommation, celle où la valeur de l’homme se mesure au produit de son travail … laquelle société où l’homme est réduit à un simple producteur, exactement comme une machine qui sera jetée de côté, une fois usée dans la durée pour laquelle elle a été conçue pour être remplacée par une autre. Dommage, c’est cela ce qui arrive assez souvent à l’homme dont la valeur est liée à sa capacité productive, et qu’on le néglige une fois devenu incapable de produire dans cette société matérielle … c’est là une classification des gens dans la société entre producteurs et non-producteurs de qui font partie, aux dires de quelques penseurs, les ermites et les anachorètes qui, après avoir abandonné le monde, n’offrent rien et ne procurent rien à la société …
Il se peut qu’il en soit ainsi si l’on actualise la vie de ces gens, mais quand on se remet dans le cours du temps, on découvre que leur avis n’est pas correct du tout.
Ces gens qu’on regarde, souvent avec méfiance et légèreté, ce sont eux qui, à la longue, servent la société et y assurent progrès, civilisation et prospérité; ce sont eux qui s’éternisent dans l’histoire et que les gens se souviennent d’eux avec émerveillement, tandis que les puissants du monde, vécus dans la même période, sont sujet de critique mordante, voire même de malédiction, à cause des misères et des fléaux qu’ils ont perpétrés...
Qui peut, par exemple, se rappeler des noms des grands, des puissants, des sages et des intelligents qui ont vécu dans la même période que Charbel Makhlouf? … Pour ce faire, il faut recourir aux livres de l’histoire, aux archives et aux manuscrits pour savoir qui ils étaient et ce qu’ils ont effectué des œuvres louables … tandis que la majorité écrasante de l’humanité connaît aujourd’hui Charbel Makhlouf, les miracles et les prodiges accomplis par son intercession et dont les récits ont dépassé les vestiges, parce que l’Église l’a soulevé sur les autels, et des églises se construisent en son nom dans divers pays.
Qui aurait pu connaître un petit village, appelé Annaya, Saint Charbel! Grâce à lui, il est devenu un lieu touristique et religieux important auquel affluent les pèlerins de tous les pays, si ce n’est pas pour la prière, c’est pour les restaurants et les hôtels qui attirent les touristes.
Charbel, ivre en Dieu! Oui! Car il a écouté la parole du Christ et l’a vécue textuellement … Le Christ dit: celui qui aime son Père, sa mère, ses frères et ses sœurs plus que moi, ne mérite pas d’être mon disciple … c’est pourquoi le Christ fut pour Charbel son amour qui l’a attiré et en est devenu fou … jusqu’à la fin …
Que nous prenions la parole du Christ au sérieux dans notre vie … et que nous changions radicalement notre vie pour le meilleur, et ainsi contribuons-nous à améliorer la vie de notre société pour que ses fils vivent les valeurs morales et l’esprit du Christianisme à la lettre et avec rectitude, adhérant ainsi à la construction d’une société meilleure où Dieu demeure notre seul but.
Monseigneur
Georges Abou Jaoudé
Le 5/1/2007
Introduction
Ce livre puise
principalement de six livres précedents[1],
inédits à cause de la répétition fastidieuse et l'anarchie dans le récit des
événements. C'est pourquoi j'ai procédé à la mise en ordre de 53 témoignages, qui à peu près, s'étend
en 600 pages A4, les adaptant tous avec une précision infinie, les réunissant
dans un récit commun aux témoignages recueillis respectivement des témoins,
d'autres sources et références[2]
m'ont servi de soutien pour combler le vide et élucider un point quelconque.
J'ai préféré relater les événements en ayant recours à leurs différentes
sources sans critique ni analyse ni commentaire, offrant ainsi un champ très
large aux chercheurs de le faire ultérieurement.
Les témoignages ont été présentés selon l'ordre suivant:
Le premier chapitre: relate un récit presque historique, de l'enfance de
Charbel dans tout ce qui l'entourée jusqu'à son entrée dans l'ordre: son
ordination sacerdotale, son séjour au couvent de Saint Jacques Al-Hosn, puis sa mutation au couvent
d'Annaya et son isolement dans l'ermitage.
Le deuxième chapitre comprend 26 thèmes sur la vie du Saint où chacun contient: la définition du thème
selon les témoins, puis les versions et les événements qui le concernent.
Le troisième chapitre: stipule une exposition de sa dernière messe, son
agonie, son enterrement, la lumière qui émanait de son tombeau, l'ouverture de
son tombeau, les analyses effectuées sur son corps et les rapports des
médecins.
Le nom du témoin a été signalé dans la rubrique, à la fin de son
témoignage. Pour chacun des points, j'ai toujours veillé à authentifier,
succintement, les sources et les références que j'ai détaillées à la fin du
livre.
Vu la ressemblance entre la vie de Charbel et celle du Christ, j'ai
parfois appuyé un épisode de la vie de Saint Charbel par un autre simuliaire de l'évangile,
en mentionnant la référence, prise de l'évangile; quelques fois, un événement
de la vie de Saint Charbel a été
introduit par un titre pris de l'évangile.
Finalement, j'ai bien voulu publié en annexe la correspondance de Saint Charbel à monsieur Raymond Nader, sous le
titre "paroles de Saint Charbel",
tant qu'elle se conforme à ses idées connues, en forme et fond au symbolisme,
en litote cohérente et précise; aussi bien, elle synchronise avec sa lecture spirituelle,
ses prières[3], avec ce
qu'il a vécu dans son milieu d'une manière remarquable. En outre, le lecteur
trouvera de juissance en les lisant et trouvera qu'elles s'adaptent
parfaitement avec les dogmes de l'Église, sans avoir nullement l'intention d'embloiter
son jugement
Le 21/7/2008
Père
Hanna Skandar O.L.M.
couvent N.D.
de la forteresse
Menjez- Aqqar-
Liban
Chapitre I :Début
du voyage
A: Youssef Antoun:
à Bqaakafra
1- Une Sainte famille
″Son Père s’appellait "Antoun Zaarour", "Abou Hanna" de Bqaakafra, sa mère Brigita Élias Yaccoub Al Chidiac de Bécharry. Il avait deux frères : Hanna et Bechara et deux sœurs : Kaouné et Wardé. Lui, il était le cadet de la famille. Youssef était son nom civil, prenant le nom de Charbel lors de son entrée dans l’ordre. Son Père était un simple laboureur comme le reste des habitants de son village″[4], ″vivant de la culture de ses propriétés alors que sa mère s’adonnait au travail de son domicile; les deux étaient bons fervents, s’intéressant à une vraie éducation chrétienne″[5].
2- La mort du Père durant le travail forcé
″En ce temps là, l’armée du prince du Liban[6] soummettait les possesseurs des bêtes de somme au travail forcé à transporter sur Beit-Eddine les récoltes du prince, comprenant toutes sortes de céréales. En cours de l’année 1831, Antoun Zaarour possédait une bête de somme dont il se servait dans la localité de Magdlaya[7] où il fut séquestré pour le travail forcé à transporter la récolte du village susmentionné à Jbeil pour l’expédier à Beit-Eddine. En chemin de retour de Jbeil vers Bqaakafra, il arriva au village de Ghérfine où il tomba malade, mourut et y fut enterré″[8]. ″Ce fut donc, le 8 Août de cette année[9] que Antoun Zaarour rendit l’âme, dans le village de Ghérfine dans la localité de Jbeil alors qu’il effectuait son travail forcé à transporter la récolte de Majdlaya à Beit-Eddine″[10]. ″Alors sa veuve s’occupe de ses enfants, assistée par son beau-frère, Tannous Zaarour″[11].
3- Naissance et baptême de Charbel
La maison du grand-Père maternel de Saint Charbel où il naquit se trouve toujours à Khalidié; elle a été restaurée, il y a environ 15 ans, et transformée en une église. On dit que Brigita venait avec sa famille et "Abou Hanna", menant avec eux leur bétail, pour passer l’hiver à Khalidié pendant 4 mois, fuyant le froid et la pauvreté. Elle aidait ses parents à cueillir les olives. C’est là où Youssef, Saint Charbel, naquit en hiver et fut baptisé dans l’ancienne église, de N.D. de Khalidié″[12], ″ou bien à N.D. de Bqaakafra″[13].
″Lorsque Saint Charbel était à Bqaakafra, l’église n’auvait pas encore de registre″[14], en effet, le registre nº1 débute en l’an 1830[15], c’est pourquoi Chebli déclare: "je n’ai pas trouvé dans les registres des baptêmes du village de Bqaakafra mention de la naissance et du baptême de Père Charbel … ; par contre j’ai trouvé mention des baptêmes[16] de ses frères, du décès de son Père et de sa mère ; j’ai dégagé de ce que j’ai trouvé que Père Charbel naquit en 1828″[17] ″le 8 Mai″[18] une autre hypothèse conclut qu’il naquit en 1833″[19] ; mais ce qui est plus plausible à la logique que sa naissance se soit située au début du printemps 1832, après quelques mois du décès du père; ceci est valable pour deux raisons:
- La mère était encore jeune, car elle a mis au monde de son deuxième mariage, Tannous, le 8 Septembre 1834[20]… Nouh, le 3 Juillet 1837[21].
- Youssef fut le cadet de la famille, et donc il est probable que sa mère ait été enceinte lors du décès de son père.
4- Le remariage de la mère
Deux ans et deux mois après le décès de Antoun Zaarour, Brigita s’est remariée[22] : "Je soussigné, l’abbé Gerges, d’avoir marié Lahhoud, Ben Gerges Ibrahim, à Brigita, fille de Élias Al-Chidiac, de Bécharry, en présence des témoins, au mois d’Octobre 1833"[23]. "Après quoi, Lahhoud fut ordonné prêtre[24], sous le nom de l’abbé Abdel Ahad"[25] ; mais il n’a pas pris en charge la paroisse de Bqaakafra, plutôt, celle de la localité de Balbek[26]. Brigita l’a accompagné[27] à Chlifa et Btedii où il possédait des terrains[28].
5- Orphelin de mère et tutelle de l’oncle
"Charbel a vécu orphelin chez son oncle paternel Tannous"[29], "qu'il l'a élevé avec ses frères et sœurs"[30] "après le remariage de leur mère, et les enfants sont restés dans la maison paternelle sous la tutelle de leur oncle Antonios qui veillait sur eux[31] et leur mère revenait les voir de temps en temps. Les enfants s’occupaient les uns des autres, sous la surveillance de leur oncle, Tannous, et les parents lointains"[32].
6- L’école du couvent Saint Hawchab
"Père Charbel a appris à lire et à écrire chez les curés de son village"[33], ses contemporains: Gerges, Moubarak, Antonios, Youhana et Youssef de la famille Makhlouf[34], à l’école du couvent Saint Hawchab, à cette époque- là[35]. "Mon grand-père m’a raconté: "Depuis qu’il était tout jeune, il portait toujours à la main, le livre de la prière". J’ai entendu mon grand-père parler de sa bonne humeur, de son obéissance à ses parents et son affection pour ses frères"[36]. "Youssef grandit et crût en âge, en connaissance, dans la ferveur et la bonté. Il était un exemple, vivant en parole et en action parmi les enfants de son village. Il priait beaucoup, se confessait beaucoup et communiait"[37].
7- Plaisanterie devant une catastrophe
"Youssef était sagace et intelligent d’un naturel qui penchait parfois à la plaisanterie"[38], "bien sûr dans le cadre de la politesse"[39]. "Lundi, le 12/10/1842"[40] "la pluie est tombée en abondance, suivie des torrents qui se sont précipités sur "Achaghoura"[41], "à Bécharry. Il a décrit la scène en un poème populaire"[42] "alors qu’il était encore enfant à l’école avec ses camarades"[43]:
"L’inondation[44], de "Toum Al Mezrab"[45] s’est précipitée sur Achaghoura;
les arabes[46] à Dahr Al Qadib dirent: "le soulagement qui nous arrive de Dieu est proche;
c’est une occasion au loup d’enlever une brebis et un agneau".
"Au début[47], les habitants de Bécharry dirent: "allons chez quelqu’un[48],
ce n’est qu’un nuage qui ne dure pas, un nuage passager;
"mais quand le torrent envahit Bécharry, les gens ont été terrassés:
"vite des pelles pour canaliser l’eau, pour boucher des brèches"[49].
"Le torrent ratissa la vallée, n’épargna pas les murs,
les gens crièrent et appelèrent: "Dieu ! Quelle scène!"
"Quand elle arriva à Hadchite, elle prit une grande gloire et fit grand bruit;
les murs s’écroulèrent, les plus grandes bâtisses se démolirent.
"Elle atteint la vallée de "Kannoubine", affluant à droite et à gauche;
les habitants, ébahis, se cachèrent dans des trous.
"Dans la vallée de "Fradiss", elle redoubla ses efforts et sa véhémence,
les gens portèrent l’image d'un Saint et dirent: "Délivre-nous, ô image!"
"Les habitants de "Bqarqacha", ces gazelles, tous perdirent Sléiman[50];
Youssef Hanna, à la denture tordue, fit l’éjection[51] dans la fosse
"fit l’éjection dans la fosse et appela son oncle, Sarkis qui accourut
lui secouer les extrémités de l’habit ayant la forme d’une soutane[52], qu’il lui déchira.
"La physionomie des habitants de Bqaakafra pâlit
et pour se déplacer, ils ont transformé les bêtes de somme en barques[53].
"Les habitants des Hasroun et de Bazoun eurent peur du torrent
et dirent: "allons couper des branches et des arbrisseaux pour boucher des fentes".
"Le torrent envahit Hadad et Qnat; l’un des fermiers-associés mourut;
ils le trouvèrent suspendu comme pour le dessécher à un mûrier dans les jardins de Hantoura[54].
"Les propriétaires du moulin, "chahla", s’enfuirent épouvantés;
le meunier fit éjection à cause de la peur à remplir la fosse.
"Les propriétaires du moulin de "Blatt" s’écrièrent:
"apportez-nous de la boue pour enduire de l’argile ces fissures".
"Dieu ! Quelle scène! quand il arriva à "Joura",
il emporta les plus grands arbres dans les terrains de "Koura".
"Le voilà à "Tourza" énergique, les arbres plièrent,
"Ô gens! Que pouvons-nous faire; nous n’avons jamais vu une pareille scène!"
"A Raskifa, les habitants en eurent marre de leur vie;
le torrent emporta la terre y ouvrant cent fosses.
"A Kosba, il se déchaîna et devint plus violent,
déracina tous les arbres avec sa fameuse force.
"A Bsarma, le torrent d’un orgueil irrésistible
n’épargna ni jarres sans poignées, ni passoire ni petite jarre.
"A Kfarquahel[55], les habitants sont renégats et l’auraient mérité,
le plus puissant des murs s’ébranla à n’en plus trouver des traces.
"Quand il arriva à "Dahr El Aaïn", il ratissa de deux côtés;
les habitants dirent: "Le mauvais destin nous frappe et ce signe est net".
"A "Abou Ali",[56] les vagues s’élevèrent très haut;
des gens trouvèrent la mort et leurs maisons sont inhabitées.
"A son arrivée à "Al Mina", il s’enragea et son rugissement s’affola,
déversant à droite et à gauche; le châtiment de Dieu y est visible.
"L’eau de la mer est troublée; la haute marée dépasse tout prévu,
s’il avait duré encore plus, il n’aurait épargné aucune barque[57].
8- "La
roche du Saint " et la vache.
"Les fils se sont partagés l’héritage de leur père; la part de Youssef fut la vache qu’il menait au pré"[58]: "je menais au pâturage une vache à mon père et je la trayais"[59]; "il labourait aussi ses propriétés. Il s’isolait toujours, loin des autres enfants de son âge qui gardaient leurs troupeaux. Depuis son bas âge, il évitait la fréquentation des gens, cherchant l’isolement et la solitude; il laissait sa vache pâturer et la surveillait d’un endroit dans les propriétés de ses parents, appelé la roche de "Al Bhaïss"[60], "à une demie heure du village; s’y trouvait une roche qui ressemblait à une grotte"[61] "où il se mettait, son livre de prière à la main. Il a tellement fréquenté cet endroit et s’y isolait que les gens l’ont appelé "la roche du Saint " qui ne cesse, jusqu’à nos jours, de porter ce surnom et où Père Charbel y cherchait sa solitude quand il était encore très jeune"[62].
"Lorsque la vache aurait bien brouté l’herbe, il la laissait à son repos en lui disant: "Repose-toi maintenant, "Zahra", c’est mon tour et non plus le tien. Je veux prier"[63]. "Ainsi, priait-il, même lorsque sa vache se relevait pour pâturer et lui disait: "ne recommence pas maintenant, attends que je finisse ma prière parce que je ne peux pas parler avec toi et avec Dieu; Dieu est de priorité"[64]. "Il passait des longues périodes, absorbé par la prière"[65]. "C’est pourquoi, selon la croyance populaire, on le considérait Saint depuis son jeune âge; et il a progressé dans l’Ordre. Quand il s’isolait des autres enfants, gardiens des troupes, ce n’était pas seulement pour la prière, mais pour éviter leurs loisirs. Aussi n’a-t-il perdu de vu sa vache pour ne pas la laisser nuire aux propriétés d’autrui"[66].
9- Le Saint et la grotte
"Depuis son enfance, Charbel penchait à la prière et à l’adoration. Il s’agenouillait à l’Église tout droit, sans bouger; il priait en privé"[67] "et allait à la grotte"[68] "pour y prier, le fait qui suscitait l’étonnement et, parfois, la moquerie de ses camarades"[69]. "Cette grotte située au sud de Bqaakafra, porte, jusqu’à présent, le nom de "la grotte du Saint "[70]. "Sa famille la possédait"[71]. "Il s’y réfugiait assez souvent"[72], "portant une poignée d’encens qu’il brûlait devant une image de la Vierge Marie au pied de laquelle, il déposait un bouquet de fleurs"[73]. "Sa grande dévotion, son penchant à la prière, à la messe, aux processions, son désir d’éviter la fréquentation des gens, sa distinction par sa bonne conduite, lui ont valu d’être appelé "le Saint " par les enfants du village"[74] ; "au début c’était pour se moquer de lui"[75]. "Puis, Dieu accomplit leur prédiction en le rendant Saint "[76].
10- Des misères
- Décès de la "deuxième mère"
"L’épouse de Tannous Zaarour[77] est morte, le 9 septembre 1839, munie des derniers sacrements"[78].
- Révolution contre les Egyptiens
"Deux ont trouvé la mort lors des événements de 1840: Toubia Gebraël, fusillé à Aaïnata, et Mikhaël Al Bani, tué par l’armée de Ibrahim Bacha, le 4 septembre 1840 dans la montagne de Makmel"[79].
- Le Choléra
"Antoun Élias est mort atteint du choléra[80] et fut enterré à "Aïn Al Majal", dans une ferme appartenant à Mender, le 10/1/1847"[81].
- Poésie[82]
"Ô larmes! Versez-vous; le soleil de la vie déclina;
la mort me frappa et me ferma les paupières, mes parents ne me supportèrent plus;
Ils appelèrent les prêtres pour faire les funérailles et couvrir mon corps de terre;
Ô pécheur! Dans la mer submergée; tu es une ombre passagère dans la vie;
La mort vint frapper à ta porte; à quoi te fut-il utile d’user de la jeunesse?" [83]
11- Des joies
- Mariage de sa sœur Kaouné
"Je soussigné, le curé Moubarak; avoir marié Tannous, fils de Hanna Nehmé à Kaouné, fille de Antoun Zaakour, le 19 Mars 1845" [84].
- Mariage de son frère Hanna
"Je soussigné, le curé, Antonios avoir marié Hanna, le fils de Antoun Zaarour à Mariam, fille de Abou Élias Al Khoury Al Khaïssi, le 3 Mai 1845"[85].
- La fillette de son frère, Hanna
"Un peu moins d’un an, le 7 Avril 1846, fut baptisée Ghalieh[86], fille de Hanna Zaarour, née fin Mars. Son parrain fut Youssef Ben Mikhaël Boulos, sa marraine, l’épouse de Tannous Nehmé"[87].
B: Charbel, le
moine
1- Les deux oncles maternels de Saint Charbel
"Saint Charbel avait deux oncles maternels: Youssef et Antonios, fils d’Élias Al-chediac qui n’eut pas d’autres enfants. Les deux sont entrés dans l’Ordre, le premier prit le nom de Ghostine, le second fut appelé Daniel; les deux sont entrés dans l’ermitage de Saint Boula à Kozhaya. Personnellement, je me rendis à l’ermitage pour voir Père Daniel qui était le plus jeune, ayant pris l’habit avant son frère qui, étant l’aîné, est resté servir son père, déjà vieillard et seul à la maison. Après le décès du père, l’aîné a regagné le plus jeune, accomplissant ainsi deux obligations sacrées. Les deux furent des ermites vertueux. Ainsi s’accomplit le proverbe avec Saint Charbel: "Quoique l’enfant change, il ressemble à son oncle maternel" [88].
Les deux moines naquirent dans leur village, Bécharry ou bien à Khalidieh où la famille passait l’hiver. Daniel entra au noviciat au couvent Saint Antonios à Houb, prononça ses vœux le 29/2/1838[89], y demeura après le 25/10/1838[90], fut ordonné prêtre le 20/6/1841[91]. Après son ordination sacerdotale, il a été muté, tour à tour au couvent de Kfifane avec le Saint Al-Hardini, le 24/8/1841[92], à Maïfouq, en 1851[93]. Il a vécu avec Saint Charbel à Kfifane et était le Père spirituel du Saint Nehemtallah Al-Hardini[94], y demeura après le 1/11/1859[95]; puis revint au couvent N.D. de Maïfouq et y demeura après le 12/11/1868[96].
Ghostine entra au noviciat au couvent Saint Antonios- Kozhaya, prononça ses vœux, le 1/7/1841, à l’âge de 23 ans[97]. Il a fait ses études au couvent même[98], fut ordonné prêtre le 23/3/1847[99], et y demeura[100] pour être muté au couvent N.D. de Maïfouq, à une date inconnue, son nom figurait déjà au couvent sus-indiqué le 16/10/1859[101] pour y rester après le 12/11/1868[102].
Avant 1871[103], les deux moines ont été mutés au couvent de Kozhaya pour y demeurer après le 2/11/1874[104]. Daniel entra à l’ermitage Saint Boula - Ghebta, annexé au couvent, avant le 8 février 1875[105], son frère Gostine devait le regagner.
"Père Ghostine de Bécharry est décédé ermite, muni des derniers sacrements. Il est mort atteint de l’hydropisie, en état de sainteté le 1/11/1884"[106].
"Père Daniel de Bécharry est décédé ermite, déjà bien avancé en âge, muni des derniers sacrements, le 23 Mars 1895"[107]. "Il était vertueux, rendu l’âme en disant: "je désire me décomposer pour être avec le Christ"[108].
2-En route vers l’Ordre … au couvent Kozhaya.
"J’ai entendu mon grand-père qui disait que son frère, Charbel, est resté au village jusqu’à 18 ans, il ne s’engouait pas aux divertissements, à la vie des jeunes, plutôt il cherchait toujours la solitude, l’isolement et la prière. Il allait avec son frère, mon grand-père, Hanna, rendre visite à ses deux oncles. Une fois, ils ont demandé, au Père, Charbel de leur apporter de Bécharry ce dont ils avaient besoin, et mon grand-père, Hanna, de leur répondre: "Mes oncles, je crains que Youssef ne retourne pas au cas où il revient chez vous". L’un des deux rétorqua: "si Dieu le veut, qu’il entre dans l’Ordre; qu’est-ce qu’il y a dans le monde?"[109]
"Un jour, Père Daniel est allé à Bqaakafra; Quand il voulut rentrer au couvent de Kozhaya, il demanda à Hanna Antoun Zaarour, de permettre à son frère Youssef de l’accompagner; Hanna répondit: "mon oncle, je crains que Youssef reste au couvent". Youssef s’en alla en compagnie de son oncle; et 8 jours après son retour, il entra dans l’Ordre"[110].
3- Au couvent de Maïfouq: suis-moi (Mc 2,14)
"Un jour, Père Daniel Al-Chediac est allé à Bqaakafra; de retour au couvent N.D. de Maïfouq il amena avec lui Youssef, son neveu, qui entra au noviciat"[111]; "à savoir qu’à cette époque-là, la période du noviciat a été prolongée de 3 ans et le novice devait le faire dans un couvent loin de sa région"[112]. "Le jeune homme est entré dans l’ordre ayant son nom civil Youssef de Bqaakafra, et prit le nom de Charbel, le 8 Août 1851"[113] "après avoir passé 8 jours en habit mondain; après quoi il prit l’habit de l’Ordre… en quittant l’habit mondain, on néglige le corps, en prenant l’habit monastique, on opte pour l’âme. Charbel connaissait bien qu’il aurait laissé un père et une mère selon le corps et s’est abandonné à deux Pères[114] spirituels"[115].
"Durant la période du noviciat, il accomplissait ses obligations à la perfection, et s’est fait distingué par l’obéissance et le silence"[116]. "Le novice devait garder le silence…"[117] "Il était heureux dans sa vocation et d’une conduite exemplaire dans l’observation de la règle et des constitutions monastiques, typique dans son obéissance aux supérieurs et dans sa charité pour ses frères"[118].
4- Il n’a plus regardé en arrière (Luc 9,62)
"Tout d’abord, c’est son oncle et son tuteur, Tannous, puis sa mère, puis ses deux frères, Hanna et Béchara, qui tous sont allés pour l’interdire d’entrer dans l’Ordre et le ramener à la maison; il a refusé le retour avec eux. Après, c’est sa mère, Brigitta, accompagnée de son beau-frère, Tannous Zaarour, qui se sont rendus à Maïfouq où il faisait son noviciat pour le plier de retourner au village. Sa mère guettait la sortie des novices qui se dirigeaient aux champs; dès qu’elle l’aperçut parmi eux, elle se précipita, l’attrapant par son habit, alors que lui, il portait son regard vers la terre, et lui dit: "Reviens avec moi à la maison"; il a profité de l’inattention de sa mère pour se débarrasser d’elle et regagner ses frères. Environ 12 fois, elle et son oncle Tanios, ils se sont rendus chez lui pour le reconduire à Bqaakafra"[119].
"Il est arrivé qu’une fois, un homme de Maïfouq est allé à Bqaakafra; mon grand-père lui demanda devant moi: "Est-ce que tu as vu le moine au couvent Saint Maron?" Il répondit: "Qui?" Mon grand-père reprit: "Père Charbel". L’homme répondit: "Bienheureux! bienheureux! Quand il était encore novice chez nous à Maïfouq, il jouissait de dons de l’Esprit Saint : il piochait derrière les laboureurs, ses yeux baissés vers la terre; il ne regardait personne et ne parlait avec personne"[120].
5- Le nom de Charbel
Etymologie: Charbel est un nom syriaque qui dérive de la contraction des deux mots, Charb qui veut dire histoire ou récit, et de El qui veut dire Dieu = le nom de Charbel donc signifiera l’histoire, ou le récit de Dieu. Ce nom, l’a porté un martyr syriaque qui fut l’évêque d’Edesse (aujourd’hui en Turquie), il fut crucifié en 121[121]. Plusieurs moines de l’Ordre Libanais Maronite portèrent ce nom comme Père Charbel Medlège, qui a été élu Supérieur Général entre 1784-1787[122]. Les ruines de l’église Saint Charbel[123] se trouvent toujours à Bqoufa, au voisinage de Baghlett Bécharry dont une partie de ses terrains sont une possession de la famille Chidiac dont dérive la mère du Saint Charbel qui, peut-être aurait été en fréquence dans les propriétés de son grand-père maternel et aurait pris connaissance du Saint Charbel qui fut le patron de l’église en ruine susmentionné, et y aurait prié.
6-Ne t’attriste pas pour Youssef (Luc 23,28)
"Quand Brigita a désespéré du retour de son fils Youssef, à Bqaakafra, elle sentit une grande tristesse dont les signes paraissaient sur son visage; elle pensait toujours à Youssef. Puis, après le décès de sa fille, Wardé, les habitants du village lui ont dit: "ne t’afflige pas trop[124] pour Youssef. Dieu t’a éprouvé par la mort de ta jeune fille!"[125] "Wardé est décédée, le 22 Novembre 1851, munie des derniers sacrements"[126].
7-Wardé … la
fervente
"Elle priait beaucoup avec ferveur, s’agenouillait, tout droit, bras levés, à réciter le chapelet, qui était long et elle le gardait toujours dans sa poche. Quand les habitants du village la voyait prier alors qu’elle était fiancée à Tannous Hanna El Khaïssi, ils lui disaient: "Ton chapelet est long, une fois mariée, est-ce que ta belle-mère te laissera le réciter?" Elle répondit: "Que je meure avant d’entrer dans sa maison". Effectivement, son souhait fut exaucé, car elle est morte vierge et fiancée, elle répétait toujours: "Seigneur, que le bien s’accomplisse, que le mal soit repoussé. Je préfère mourir avant de me marier, si ce mariage ne te complaît pas". On racontait que son cousin, Antoun Boutros Zaarour a vu une colombe sortir par la fenêtre de la maison où elle se confessait lors de sa mort. Lorsque son fiancé venait lui rendre visite pendant qu’elle priait agenouillée, bras tendus, elle disait à sa nièce, la fille de Hanna: "Mets-toi derrière moi, les bras tendus, pour me dérober à sa vue afin que je finisse ma prière"[127].
8-Une aventure folle (Mt 18,8-9)
"Le Supérieur Général et son conseil ont interdit le travail commun entre moines et femmes dans le traitement des vers à soie, même si cela nuit à rente des couvents"[128]. "C’est pourquoi, on a prit l’habitude à Maïfouq d’envoyer les novices à écorcer les branches des muriers et à les effeuiller, tandis que les femmes et les filles s’occupaient, dans un autre endroit, à mettre les feuilles aux vers à soie. Il est arrivé qu’une de ces filles qui travaillaient au couvent, et ayant remarqué la décence du Père Charbel qui le distinguait des autres, a bien voulu l’expérimenter. D’en haut où elle se tenait, elle l’a lancé d’un ver"[129], "puis est redescendue, à ramasser le ver et le lui a mis sur la main"[130]. "La nuit même, il quitta le couvent de Maïfouq pour regagner celui de Saint Maron à Annaya qui est isolé et loin des habitations. C’est pourquoi, on lit dans le diaire du couvent de Maïfouq, en face du nom du frère Charbel le terme "Fachah" (défroquer)[131]. Mais quand il a raconté cet événement au supérieur du couvent Saint Maron à Annaya, ce dernier a consulté le Supérieur Général au sujet de ce novice, car il n’était pas d’usage d’admettre celui qui a quitté son couvent dans un autre, sauf sous l’autorisation de l’autorité générale; alors le Supérieur Général a accordé son approbation de l’admettre au couvent Saint Maron à Annaya"[132] "pour y achever sa deuxième année de noviciat"[133].
"Et on dit qu’il a quitté le couvent de Maïfouq pour regagner celui de Saint Maron à Annaya à cause de nombreux habitants qui entouraient le couvent. L’expression "Fachaha" a vexé mon grand-père qui, plus tard, a connu la vraie cause pour laquelle il a quitté Maïfouq, mue par son désir de se couper des gens"[134], "or, le couvent de Annaya est plus loin, et des gens et de son village, que Maïfouq… et aux dires des autres que l’un des habitants de son village, Bqaakafra, était, à ce moment- là, à Saint Maron à Annaya et qui s’appelait Père Éphrem [135] de Bqaakafra"[136].
9-Vous avez les paroles de la vie (Jn 6,68)
"Une fois, pendant que les novices sortaient du couvent Saint Maron pour le travail aux champs, sa mère le vit, car elle guettait son passage, se précipita vers lui le tint par son habit, insistant à le ramener avec elle à la maison, croyant que sa vocation n’était pas dans la vie monastique, et donc qu’il l’abandonne. Mais, quand elle a trouvé qu’il tenait bon dans sa vocation, elle lui dit: "ou bien tu restes ferme dans l’Ordre et que tu deviens un bon moine, ou bien reviens immédiatement avec moi à la maison"[137]. Charbel lui répondit: "ce que tu dis, sera accompli"[138].
10-Mon fardeau est léger (Mt 11,30)
"Le 1/11/1853, les deux frères: Youssef Abdilli[139] et Charbel de Bqaakafra, tous les deux âgés de 20 ans, ont prononcé leurs vœux solennels devant le supérieur, Antonios Al Bani"[140]. "A cette époque-là, on prononçait seulement les vœux solennels"[141].
11-Nous nous reverrons au ciel (Mc 3, 31-35)
"Brijitta raconta: "Je suis allée une fois au couvent de Annaya pour le voir après ses vœux solennels, insistant à ma demande; il n’a pas voulu qu’on se vit de face à face, seulement il m’a répondu par quelques mots, lui de l’intérieur et moi à l’extérieur: "c’est ainsi que tu me prives de te voir, mon fils ?"[142] "étonnée et lui reprochant son comportement. Il me répondit: "Si je ne te vois pas maintenant, nous nous reverrons au ciel". La mère rentre chez elle triste et larmoyante"[143].
"Il ne parlait pas avec les laïcs, ni parents ni autres… Si des femmes demandaient à le voir, il faisait de son mieux auprès du supérieur et d’autres de ne pas l’obliger à les rencontrer, mais si les ordres l’ordonnaient de le faire, qu’il garde bien à ne pas les dévisager. Qu’il soit bref avec elles"[144], "et s’éloigne des femmes même si elles sont des proches parents…"[145]
12- Je vous soulage (Mt 11,28)
"Il était très attaché à ses vœux et ses devoirs; on ne lui a jamais rien reproché, minime qu’il soit dans tout ce qu’il a fait durant sa vie. Il excellait dans ses travaux, son comportement et son aspect qui imposaient le respect et recueillement"[146]. "Il n’a jamais connu la tiédeur à la fin de sa vie, bien au contraire, il s’acheminait de plus en plus dans la bonté, la ferveur et la piété"[147]. "Il a pratiqué toutes les vertus d’une manière à dépasser tout le monde et les moines. C’est qu’il les a vécues fermement et continuellement, sans affaiblissement ni défaillance, rapidement et de bon gré"[148]. "Il n’avait plus d’esprit que pour penser à Dieu, plus de langue que pour parler de Dieu, plus de voix que pour bénir Dieu"[149].
"Il était un moine tellement exemplaire dans son observation de la règle et l’accomplissement de ses devoirs que si l’on demandait à quelqu’un de faire un travail difficile, il répondait: "croyez-vous que je suis Père Charbel pour me demander tout cela? Je ne peux ni vivre comme Père Charbel ni travailler comme lui"[150]. Et nous autres, les communs, quand nous voyions Père Charbel dans cet état: en perpétuel agenouillement, en un silence continuel, en prière ininterrompue, en recueillement dans la messe, en travail épuisant comme les plus méprisables des domestiques, en habit méprisable, négligeant toutes les choses de la vie, nous disions: "Bonheur à lui!". Ce moine a vécu comme les Saints et les ermites d’antan de qui nous parle le martyrologe. Et nous nous confirmions dans notre foi, en nous reprochant notre attachement à ce monde périssable"[151].
13- L’ermite, Alichaa … Père spirituel de Charbel
Alichaa, le Saint , a découvert le Charisme de Charbel, depuis qu’il l’a connu au noviciat, à Annaya… il paraît que Charbel, dès le début de sa vie monastique, fréquentait Alichaa dans son ermitage "pour le prendre comme Père spirituel"[152].
Après les vœux solennels, il paraît qu’on a décidé, de statuer Charbel et Fr. Youssef Abdilli, comme deux frères convers, et non pas comme étudiants à la théologie… "C’est que Charbel a demeuré trois ans à Annaya"[153].
Après la désignation de l’autorité monastique par le Vatican, entre autres, Saint Nehemtallah Al-Hardini comme conseiller général, il est fort probable que Alichaa ait demandé à son frère d’envoyer Charbel au couvent de Kfifane pour étudier la théologie et devenir prêtre[154], ayant prévu en lui, en esprit, un prêtre Saint .
14- Charbel … élève du Saint Nehemtallah Al-Hardini
"Il fut choisi pour embrasser le Saint état sacerdotal"[155], et "ses supérieurs l’envoyèrent à l’institut théologique de Saint Cyprien à Kfifane, pour faire les études nécessaires d’un prêtre. A cette époque-là, présidait à la gestion de l’institut, Père Nehemtallah Al-Kafri[156], homme de bonté et de science. Dans cette ambiance de science et de sainteté, frère Charbel a trouvé ce qu’il souhaitait; d’où il a déployé ses efforts et son assiduité pour réaliser la meilleure part de la théologie morale et dogmatique; s’y ajoutent les langues: syriaque et arabe; récoltant une autre meilleure part des vertus monastiques et des perfections chrétiennes"[157]. "Au cas où Père Al-Kafri s’absentait, c’était Père Nehemtallah Al-Hardini qui le remplaçait"[158].
"Il était l’un des meilleurs"[159] et "des plus habiles étudiants"[160], "intelligent et excellent en théologie morale"[161], "il a excellé dans ses études théologiques. Cela m’est parvenu à travers mes causeries avec quelqu’un qui louait les vertus et la position du Père Charbel. Et lorsque j’objectais disant: "peut-être était-il vertueux vu sa simplicité (naïveté) et son éducation de villageois". La réponse me revenait ferme qu’il n’était jamais (naïf), mais d’une vive intelligence, dépassant les autres par sa science et ses connaissances théologiques autant que les circonstances de lui permettaient de son temps"[162].
"Ses supérieurs et ses maîtres témoignaient pleine satisfaction à son égard, louant ses vertus et son parfait comportement monastique"[163] "tellement qu’il n’a jamais reçu une admonestation ou punition. Il est passé pour un bon exemple à tous"[164], "s’agenouillant, fixe dans une seule place. Il n’y avait à l’église ni bancs ni agenouilloirs. Son agenouillement montrait son parfait recueillement au point où les autres étudiants se recueillaient à le voir dans cette attitude"[165], "ce qui les a incités à le nommer "Saint "[166]. Al-Hardini dit: "j’ai un Saint étudiant, c’est le Fr. Charbel de Bqaakafra"[167]. "Charbel était présent, lors du décès de Al-Hardini"[168].
15-Mère pieuse[169]
"Quelques femmes de Bqaakafra travaillaient à filer les cocons de ver-à-soie pour tisser des chemises. Quand Brigita, mère de Père Charbel, entendait la cloche sonner pour la vigile de Dimanche, elle abandonnait son travail pour participer à la prière, et ne revenait à son fuseau que Lundi. Elle avait l’habitude de jeûner tous les jours jusqu’à midi, et s’y est appliquée jusqu’à la fin de sa vie, s’abstenant à manger gras par application à un vœu qu’elle avait fait. De temps en temps, elle allait au couvent des Pères Carmes à Bécharry pour se confesser. Elle a confié à son confesseur son vœu de jeûne quotidien et son abstinence à manger gras pour toute la vie; son Père spirituel lui a autorisé le jeûne, l’interdisant de s’abstenir au gras, lui disant: "Tu es obligée de goûter du mets gras que tu prépares à ta famille, car tu ne peux pas faire deux genres de mets, obliges-toi à en manger. Prie tous les jours un chapelet"[170].
16-Pour servir et non pas pour être servi (Mc 10,45)
"Nos
enfants: fr. Athanassios de Toula (Al Gebbé), fr Charbel de Bqaakafra, fr. Iklimos Addarouny, fr. Youssef Addarouny, frères de l’Ordre
Libanais Maronite, ont reçu les ordres mineurs: Chantre/Psalmiste, Lecteur, Cérémonier,
Sous-diacre, le 22 Juillet 1859. Le lendemain suivant, ils sont passés aux ordres
majeurs, le diaconat et
le sacerdoce, aux pieds de l’autel de Saint Cyprien à Kfifan et à l’église N.D. de Bkerké"[171] "leur ordination dans ces grades a été présidée par l’imposition des
mains de l’évêque Youssef Al Marid"[172].
17-Il n’est plus retourné à Bqaakafra
"Après son ordination sacerdotale, Wardé, sa nièce, est venue, accompagnée de quelques parents pour lui présenter leurs vœux, lui demandent avec insistance, d’aller dans son village pour y célébrer une messe; et lui de répondre: "le moine qui, étant entré au couvent revient dans son village, devrait refaire son noviciat"[173]. "En effet, depuis qu’il a quitté Bqaakafra pour entrer dans l’Ordre, n’y est plus retourné"[174]. "Durant toute la période qu’il a passée avec les moines au couvent, il était exemplaire dans l’obéissance, la chasteté et la pauvreté"[175], "surpassant en cela les autres moines"[176].
18-Au couvent Saint Yaaqoub Al Hosson
"Après avoir terminé ses études et qu’il fut ordonné prêtre, on l’envoya au couvent Saint Yaaqoub Al Hosson[177], dans la localité de Batroun, où il passa une période consacrée à la vie érémitique, ascétique et de prière"[178]. Le 30/10/1859, Père Charbel et la communauté votent fr. Youhanna de Bqaakafra, comme délégué au chapitre général[179], "[180] "peu après"[181], plus probablement, Alichaa l’aurait demandé de nouveau, à Annaya, pour développer ses dons, veiller sur lui et trouver intimité auprès de lui[182].
Père Daniel Al-Hadassi[183], homme de Dieu, vivait dans ce couvent dont il est devenu le supérieur entre 1845-1847 et la période entre 1853 et 1856[184], il a commencé la construction de l’église[185], à laquelle Charbel, aurait, peut-être contribué.
19- Au couvent de Annaya
"En 1820, l’Ordre a construit quelques cellules et une chapelle sur un site de l’endroit (Al Hara) où se trouvait l’aire"[186]. "En 1828, la décision est prise pour bâtir le couvent de Annaya"[187], malgré les dégâts causés par l’armée de Ibrahim Bacha et la résistance des Chiites[188]. Mais effectivement, "les travaux ont commencé, le 8 Mai 1839, avec l’établissement du puits, les caves et l’église. Le 20 Octobre 1841, les travaux ont pris fin"[189]. Ainsi, "Charbel fut- il muté sur Annaya au nom de l’obéissance"[190], et son nom figurait[191] déjà à Annaya, dans les conseils locaux, dans l’élection des délégués des couvents pour les années 1868[192], 1871[193], 1874[194], et "il travaillait avec les novices"[195].
20- Miracle de 1865
"En 1865, les sauterelles envahirent la région de Batroun; or le gouvernement n’a pas bougé pour y trouver une solution"[196]; "en vain les moines se sont-ils efforcés de les chasser, ils n’ont pas réussi"[197]; alors, "le Père Roukoz[198] de Mechmech, supérieur du couvent, ordonna Père Charbel de bénir l’eau et d’asperger les propriétés du couvent afin d’empêcher les sauterelles de détériorer les semences et les arbres. Il marchait par les champs, aspergeant et s’adressant aux sauterelles en disant: "Bénites, mangez de ce qui est sauvage et non pas de ce qui est comestible". Ainsi Dieu a-t-il protégé les semences et les muriers du couvent entre les dommages que causent les sauterelles"[199].
C: Charbel,
l’ermite
1- L’établissement de l’ermitage de Charbel
En 1798, les fils Abou Ramia, Boutros et ses frères de Ehmej ont pris de la part des dignitaires de la famille Melhem, leur propriété nommée "Al Mourouj" (les prés), selon un titre de vente, de la part du dignitaire (Al-Chaïkh) Hassan Melhem qui leur a donné le couvent de la transfiguration, situé au Mont Tabour et que les Chiites appellent le prophète "Rass". Les fils Abou Ramia ont, à leur tour, offert les terrains susdits à leur frère Youssef[200] et l’ont aidé avec les habitants du village à construire l’église des Saint Pierre et Paul. Youssef avait abandonné le monde pour prendre l’habit monastique de l’Ordre des adorateurs des mains du patriarche Youhanna Al Hélou. 4 ans après, Daoud entre dans son Ordre et fut ordonné prêtre. En 1814, les deux sont entrés dans l’Ordre Libanais Maronite, et y ont offert les propriétés qui revenaient à leur Ordre"[201]. "Après quoi, le couvent des Saints Pierre et Paul fut transformé en ermitage, en 1828"[202].
"L’ermitage est situé sur un picon, à une altitude de 1378m; formé d’un seul étage à deux pavillons, Est et Ouest; chacun comprend 3 cellules dont les toits sont faits de troncs d’arbres. Le plafond de l’Église est en pierre qui prend une ferme voûtée; on y trouve deux armoires, l’une à droite de l’autel, l’autre à gauche, prenant la forme d’un arc, dans le même mur en pierre de voûte; il y a une armoire dans le mur ouest, une fenêtre vitrée au mur Sud. L’autel se dresse adjacent au mur Est, consacré aux patrons de l’ermitage, Saints Pierre et Paul, dont l’image est accrochée plus haut que le milieu. La terre de l’église est dallée en pierres simples, avec un chœur plus élevé de 25cm, dont les dalles sont prises de rochers de la montagne. L’autel est en bois simple. A gauche de l’entrant, on voit une lucarne pratiquée dans le mur où on dépose la veilleuse à l’huile du Saint Sacrement. Dans le mur Ouest, il y a la porte d’accès à l’église, extérieure à l’ermitage, par où les communs peuvent entrer.
"Le corridor qui sépare les cellules de l’église, où aboutit un portique qui donne au nord, est ouvert par un arc; et à l’est c’est un accès à la cuisine de l’ermitage, un mur séparateur l’isole d’une cellule obscure et minable où l’on dépose des bûches pour l’hiver. Il y a un puits pour recueillir les eaux pluviales. L’église est construite avec des pierres de taille, quand à celles de l’ermitage, elles sont très misérables. Il est entouré d’une muraille, d’une hauteur inégale qui de 2 à 3 mètres; il est exposé aux tempêtes et foudres; rares sont les ermitages qui lui ressemblent, sur des cimes habités à une telle altitude au Liban"[203].
2- Son premier ermite
"Le premier ermite de notre Ordre qui est entré dans cet ermitage, est l’homme de Dieu, le Père Alichaa Al-Hardini. Le 29 Novembre 1829, il obtint l’autorisation du Père Ighnatios Bleibel, alors Supérieur Général. Au début, il demeura à l’ermitage de Kozhaya pour 6 mois environs; puis, il a été transféré à celui de Saint Maron à Annaya, sous l’ordre des supérieurs et où il a dû passer 44 ans et demi"[204]. "Il se passionnait pour le travail manuel: c’est lui qui a dallé l’ermitage, y transportant à dos les dalles, prises d’un endroit lointain; c’est lui, aussi, qui a planté la vigne à l’est de l’ermitage, après y avoir coupé les arbres, la retournant et la défrichant"[205]. Dieu a effectué des miracles par son intercession"[206].
3- Opinion des deux maîtres de Charbel à propos de l’anachorétisme
Une fois, Saint Nehemtallah Al-Hardini vint rendre visite à son frère, l’ermite Alichaa. Conversation faisant, Père Alichaa dit: "il t’est plus favorable et plus convenable d’abandonner la vie du couvent"[207] "pour vivre dans cet ermitage avec moi"[208] "où tu passeras le reste de ta vie dans le calme et la tranquillité, loin de tout vacarme, à prier avec un esprit tranquille et serein"[209]. "Nous passons notre vie ensemble"[210] "et tu vivras en paix et sérénité"[211] "Il lui répondit: "ceux qui luttent dans la vie communautaire"[212] "avec l'ensemble des moines a une grande récompense"[213] "et le plus grand mérite"[214]. "C’est là où il faut supporter, patienter, plier sa propre volonté, accepter la faiblesse des faibles. Les Pères spirituels considèrent la vie communautaire comme étant un martyre perpétuel; c’est que le moine ne doit pas faire ce qui lui plaît, ce qui est convenable à son tempérament et sa conduite; plutôt, il doit veiller à ce qu’il ne blesse ni ne chagrine ses frères; qu’il contrôle attentivement son comportement pour ne pas les scandaliser. Ce sont les obligations du moine; mon frère, tandis que l'ermite est seul, épargné d'être tenté par l'extérieur; il passe son temps dans la prière dans cette vigne, "[215], "et vit comme il veut; alors qu'au couvent le moine s’applique à l’obéissance. Puis, à l’ermitage, il n’y a ni tentateur ni vexations alors qu’avec la communauté on y est toujours exposé. Puis, au couvent, celui qui s’implique dans la pratique de la vertu, donne le bon exemple aux autres"[216]; "toutefois, je peux dire: à chacun sa vocation, tout le monde n’est pas semblable: qui pour la prière, qui pour la vie communautaire"[217]; "quant à moi, c’est ma vocation que j’ai embrassée depuis longtemps"[218].
4- La situation de l’Ordre un peu avant
l’entrée de Charbel dans l’ermitage
Après le chapitre général de 1832, au cours duquel le patriarche Maronite est intervenu pour désigner l’homme de Dieu, le Père Moubarak Houlaihél[219], Supérieur Général, l’esprit des clans commença à apparaître[220], le fait qui entraînera ultérieurement à l’appartenance aux villages[221]. Malgré la conservation minime de l’esprit monastique, cette orientation à l’appartenance à la région s’est accrue. Les couvents de Jbeil et du Nord sont restés communs entre les moines des deux régions jusqu’à la désignation du Père Éphrem Geagea comme Supérieur Général en 1862.
5- La gérance du Supérieur Général, Éphrem Geagea
Le Supérieur Général était partisan de l’appartenance à la région[222]. Il a procédé à muter presque tous les moines du Nord de la région de Jbeil[223] pour fonder le couvent de Saint Semaan Al Qarn et l’école de Ban au Nord[224]. Il abandonna le siège du supériorat général à Tamiche pour résider, la plupart du temps au couvent de Kozhaya et celui de St Semaan Al Qarn[225]au Nord.
6- Le couvent de Annaya jusqu’à l’entrée de
Charbel à l’ermitage
Les moines de Jbeil, en particulier ceux de Mechmech,[226] ont pris en charge les ministères du couvent de Annaya et commencèrent à minimiser l’ermite, Alichaa Al-Hardini, qui était presque un supérieur dans son ermitage et un excellent administrateur. Le patriarche Maronite a proposé son nom au supériorat général en 1856[227], comme une solution au conflit entre les deux camps ennemis dans l’Ordre, en ce temps-là; et parce qu’il était l’un des moines les plus célèbres en science, en vertus et en administration[228]. Il a investi les revenus des vœux de l’ermitage, dans l’achat de 50 terrains, l’acceptation de 7 terrains, offerts comme vœux entre les années 1833 et 1870[229], hormis les terrains vendus après son décès[230]. Après 1870, date à laquelle il a acheté le dernier terrain, une dispute éclata entre lui et le Supérieur du couvent de Annaya le Père Roukoz de Mechmech; malentendu qui devait perpétuer avec le supérieur, Le Père Abdel Massih[231], soutenu par les Pères, Roukoz et Antoun de Mechmech; ils ont envoyé une bande qui a frappé et blessé le frère Abdallah Al Bani[232] qui servait l’ermite; à la suite de cet accident, le Supérieur Général a dû intervenir, demandant à l’ermite de laisser la gestion des propriétés. Mais les moines voulant tout accaparer, ont envoyé le Père Antoun de Mechmech qui a ravi les chèvres au chevrier. L’ermite adressa une lettre au patriarche le priant par les entrailles du Christ de le secourir[233].
7- Alichaa réclame Charbel avec l’audace
des Saints
Bien que l’appartenance à la région ait trié les moines de l’ordre en 5 grands groupes, chacun d’eux est formé d’une petite équipe que lie la parenté du sang, et en particulier, l’appartenance au village[234] et les intérêts[235], Alichaa, le Saint , qui a aimé son Ordre, et a regretté ce qui s’y passait, a fait l’intérêt du couvent de Annaya et de l’Ordre. Il ne s’est pas retiré au Nord pour fuir la persécution mais bien au contraire, il a demandé le Père Charbel auprès du Supérieur Général, Éphrem Geagea qui le respectait pour ses vertus, sa gérance et parce qu’il était le frère du "Saint de Kfifane", il a exaucé sa demande, lui laissant le Père Charbel sans le muter au Nord. Aussi, Alichaa a-t-il adressé la même demande au supérieur du couvent, le Père Roukoz de Mechmech qui, au début, a refusé; puis, après le miracle de la lanterne[236] que Charbel a effectué, probablement, en Juillet 1869, il a satisfait sa demande. "Le Père Charbel a immédiatement exécuté"[237] pour hériter Alichaa, officiellement, à la veille de sa mort et son enterrement… pour devenir un jour deux universels… deux marques de sainteté…
8- De l’eau dans la lanterne (Mt 25,1-13)
"Quand il était au couvent, durant le triennat du Père Roukoz de Mechmech, il travaillait aux champs comme le dernier des domestiques. Une nuit, il gardait les chèvres"[238] "au temps de la moisson, alors qu’au couvent un groupe d’une trainte de moissonneurs volontaires mangeaient; les servants s’affairaient à servir les tables, le dispensier, s’empressait à servir les moissonneurs"[239]; "c’est alors que le Père Charbel vint auprès du lui demandant, devant toute la foule, de lui remplir la lanterne d’huile. Le dispensier le gronda et lui dit: "pourquoi n’es-tu pas venu le jour?" Il lui répondit: "J’étais au champs". Le dispensier rétroqua: "comme punition, je ne te donnerai pas de l’huile pour cette nuit, va-t’en". Il obéit et rentra dans sa cellule"[240]; "mais les domestiques lui avait obstrué le passage au moyen d’un banc déposé en largeur; le Père Charbel, trébucha et tomba par terre sans se plaindre"[241]. "Saba qui n’avait que 13 ans"[242], "alors domestique au couvent, le regagna lui demanda la lanterne sous prétexte de la lui remplir d’huile, mais en effet"[243], "il a mis de l’eau prise dans un bidon métallique où on mettait la cendre avec de l’eau"[244]. "Le Père Charbel prit la lanterne, l’alluma et elle s’est allumée"[245]. "Entre temps, en l’absence du Père Charbel, l’usage de l’huile"[246] "fut interdit, ordre donné, en privé, au despensier par le supérieur"[247], "s’y ajoute l’interdiction aux moines d’allumer leurs lanternes après la clochette pour le sommeil. Cette nuit-là, le supérieur se réveilla pour quelques besoins; en sortant, il vit une lumière"[248] "et s’y dirigea pour trouver que c’était la cellule du Père Charbel qui était allumée; il lui dit: "N’as-tu pas entendu la clochette? Pourquoi n’as-tu pas éteint ta lanterne? N’as-tu pas fait vœu de pauvreté!?" Immédiatement, il s’agenouilla, demandant pardon et dit: "Je suis retourné du champ, et je devrais accomplir ma prière"[249]. "Puis, je ne suis pas au courant de cette interdiction". Saba qui était proche de la cellule"[250], "dit au supérieur: "J’ai bien voulu remplir la lanterne du Père Charbel de l’huile mais le dispensier a refusé; en retournant, j’ai vu que le bidon métallique contenait de la cendre et de l’eau dont j’ai rempli la lanterne". Le supérieur l’ouvrit la vida et s’assura que c’était de l’eau. Alors, il n’a pas pu cacher ses émotions et alla raconter ce fait qui se répandit au couvent"[251].
"Le matin, le supérieur appela le Père Charbel et lui dit: "Si tu veux aller à l’ermitage pour servir les ermites, je n’ai pas d’inconvénient". Père Charbel lui répondit: "Il y a une grande différence entre mon désir et l’ordre du supérieur, si vous m’y ordonnez, j’obéis et j’y vais". Le supérieur répondit: "va". Père Charbel s’agenouilla demandant sa bénédiction. Le supérieur récita une prière et le bénit. Il se rehaussa exprimant sa gratitude, se dépêcha de réunir ses livres spirituels, ceux des offices qu’il mit dans le sac de la paillasse avec sa couverture, lia le tout avec un cordon, mit son fardeau sur son dos, entra à l’église pour visiter le Saint Sacrement et se dirigea vers l’ermitage"[252].
9- Pourquoi a-t-il été envoyé à
l’ermitage ?
Père Charbel ressentait le vif désir de se retirer du monde. Cette tendance s’est clarifiée après son ordination sacerdotale, car il n’a pas adressé une demande de le dispenser du travail manuel qu’il exerçait avant son sacerdoce. Sa présence dans ce couvent champêtre, loin des villages, ne fut pas à sa propre demande, mais par ordre de l’autorité, d’où il s’appliquait à la même discipline comme tous les moines qui après l’office de prière en chœur et la méditation, s’en allaient au champ pour travailler, à l’exemple des anciens moines.
Mais puisque, dans ces derniers temps, il était moins fréquent de voir des moines travaillaient au champ, vu le besoin des paroisses de leur présence, l’assiduité du Père Charbel à se trouver et au couvent et au champ était une chose très rare qui reflétait sa conviction dans cette vie, et je crois son attachement au silence et sa préférence d’éviter la fréquentation, non seulement des gens, mais aussi, celle de ses confrères sans le demander, les supérieurs satisfaisaient ces désirs, parce qu’ils réalisaient sa passion pour la pauvreté absolue et les dures mortifications étranges auxquelles il s’appliquait; on le laissait au couvent, sans lui confier le ministère des paroisses"[253], "pour ne pas le troubler dans ses réflexions sublimes, et rester ainsi serein au couvent à donner le bon exemple dans la prière dans la messe, dans le travail, dans les dissensions théologiques et pour confesser quelques fois les hommes"[254]. "On l’a envoyé à l’ermitage après avoir trouvé qu’il le vivait avant d’y entrer"[255], "sa vie anachorétique dans l’ermitage, c’est autre qu’un prolongement de sa vie communautaire au couvent depuis le noviciat… là, il n’y avait aucune différence; c’est avec raison qu’on l’a appelé miracle des anachorètes"[256].
"Au couvent, il menait une vie d’ermite et d’anachorète. Je ne l’ai jamais entendu dire: "Je suis fatigué; j’ai faim; j’ai soif "[257]. "Depuis son entrée dans l’Ordre, il vivait en ermite"[258], "car sa vie au couvent était celle d’un ermite"[259]. "Lorsqu’il s’est engagé dans l’anachorétisme, il l’a fait par obéissance à ses supérieurs et non pas à sa demande, car il n’avait pas de tendance particulière, du moment qu’il menait une vie d’ermite au couvent, son mérite d’être à l’ermitage n’est pas supérieure à celui du couvent"[260].
D’autre part, ses confrères ne pouvaient plus supporter sa sainteté "car, par son exemple, moines et ermites conservateurs ou non, se sentaient réprimandés; de là, s’il arrivait à quelqu’un d’eux d’avoir eu l’envie de manger un seul rain de raisin, en voyant Père Charbel, il se sentait honteux de lui-même pour rejeter le raisin"[261].
10- Servant d’Alichaa
"C’est l’ermite Alichaa Al-Hardini qui a demandé l’entrée du Père Charbel à l’ermitage qui a immédiatement accepté"[262]. "Après ma prise d’habit monastique[263], on m’a muté au couvent de Annaya alors que Père Charbel l’avait déjà quitté pour l’ermitage. Il y servait le Père Alichaa et un autre ermite"[264]. "Dans son service, il était toujours obéissant, et en particulier, au Père Alichaa Al-Hardini"[265], "Père Charbel servait ses frères les ermites"[266], en particulier, "l’ermite, le Père Alichaa, à qui il amenait du couvent son manger, son boire et lui servait la messe. Parfois, il revenait au couvent pour y dire sa messe parce qu’il n’avait personne pour la lui servir à l’ermitage. Il y est resté assidu pendant 6 ans"[267].
11- Il leur a béni la jarre d’eau
"Avant l’engagement du Père Semaan de Ehmej dans l’Ordre[268], les sauterelles envahirent la région, vinrent les habitants de Ehmej demander au Père Charbel de leur bénir l’eau pour en asperger leurs vignes et leurs champs afin d’éloigner les dommages que les sauterelles causaient. L’eau étant bénie, ce fut le Père Semaan en personne qui la porta, aspergeant les vignes, proches de l’ermitage; ainsi les sauterelles s’en éloignèrent, et les vignes furent protégées bel et bien"[269].
12- Alichaa recommande Charbel … d’être son
successeur
"Après 44 ans et demi passés dans l’ermitage de Annaya, le Père Alichaa est décédé à force de l’âge, le 13 Février 1875, à l’âge de 76 ans, muni des derniers sacrements. Il est resté conscient jusqu’à la dernière minute de sa vie; fut enterré dans un cercueil en bois, le dimanche, 14 février à 8h et posé dans le cimetière du couvent Saint Maron. Nombreux étaient ceux qui ont participé à ses funérailles"[270]; "Alors, le supérieur, Élias de Mechmech ordonna[271] Père Charbel de devenir officiellement ermite[272] avec le Père Libaos[273] Al Ramaty. Ainsi a-t-il réalisé son désir"[274].
13- Charbel abandonne les préoccupations économiques d’Alichaa
"Selon l’habitude des ermites avant lui, ils défendaient de couper les bûches dans les bosquets de l’ermitage, du fait de ses proximités du couvent, préférant aller plus loin, dans des endroits incontrôlés; Père Charbel a contrarié cette coutume des prédécesseurs, laissant cette question au bon escient et prudence du supérieur; toute sa vie durant, il se soumettait à l’obéissance aveugle; et il en est ainsi de la question de collecter des revenus des vœux et autre comme le faisaient d’autres pour acheter des terrains au profit du couvent. Quant au Père Charbel, il les livrait au serviteur qui devait les remettre au supérieur qui s’en disposait comme il le trouvait convenable, sans émettre aucun avis, ayant la conviction que ce que les responsables décidaient et était par excellence le meilleur"[275].
14- Décès de la mère de Charbel[276]
"Le 2/6/1875, l’épouse du curé Abdel Ahad Makhlouf, et après avoir reçu les derniers sacrements, a rendu l’âme dans la foi de la vraie Église du Christ, en la présence du curé Youssef Makhlouf. Elle était dans la confrérie de l’Immaculée Conception. Elle fut enterrée dans le cimetière"[277].
15- Une lune parmi les étoiles
"Sa vie dans l’ermitage n’a pas différé de celle au couvent; sauf qu’il s’appliquait à la discipline des ermites"[278]; "il n’a jamais manqué aux plus petits des devoirs et obligations des ermites"[279]; "il y a saisi l’occasion de répondre à son désir avide d’aller plus loin dans l’ascétisme et la mortification se satisfaisant d’un seul repas par jour"[280], "même il dépassait la règle par plus d’ascétisme pour porter le cilice et la ceinture en fer épineux; toujours avec l’autorisation[281] des supérieurs"[282].
"Il était ermite; je n’ai jamais vu de toute ma vie, un ermite pouvant l’égaliser dans la vertu et l’observation de la règle, même parmi les moines dévots"[283]. "Il a surpassé tous les ermites"[284] "pour qui il était comme la lune parmi les étoiles"[285]; "un ermite distingué plus que les plus justes moines et des communs, comme se distingue le grand chêne de l’arbrisseau épineux"[286]. "Sa vie fut angélique et céleste"[287]. "Sa personne représente la chasteté, la gravité, la foi vivante, l’amour de Dieu et du proche. En lui, ruissèlent les 3 vœux monastiques, en fond et en forme. Pour nous et pour ceux qui le connaissent, nous n’avions aucun doute à l’égard de sa sublime sainteté"[288].
16- Servant des ermites (Jn 13,14)
"Père Makarios de Mechmech[289] entra à l’ermitage de Annaya le 25 Avril 1880, avec l’autorisation du Supérieur Général Martinos de Ghosta"[290]. "Père Charbel alors, venait au couvent pour préparer aux deux ermites, les Pères Makarios de Mechmech et Libaos Al Ramaty leur manger et boire"[291] "pour une semaine qu’il mettait dans un sac en poil de chèvre et le transporter sur son dos"[292], "car il les servait"[293] "et se considérait comme serviteur à son compagnon, l’ermite, le Père Makarios de Mechmech"[294].
17- Reviens à l’ermitage
"Père Charbel a été chargé de veiller sur le terrain planté de concombres et le garder contre les renards. Le matin, le Père Makarios trouva que le terrain a été dévasté; il a réprimandé Père Charbel pour sa négligence; alors il dit: "j’ai vu que les petits des Chacals avaient faim, j’ai eu pitié d’eux et je les ai laissés manger". Père Makarios répondit exaspéré: "Va dormir au couvent"[295]. Il y arriva en retard"[296] "et entra dans sa cellule vide et la lanterne, qu’il n’a plus utilisée depuis des années, était aussi vide"[297]; "il est allé auprès du cuisinier pour la remplir d’huile; le cuisinier répondit: "le dépensier est parti, moi-même, je n’en ai pas". Il le pria de lui en donner un peu; le cuisinier prit la lanterne, la remplir d’eau au lieu de l’huile et la lui rendit"[298] ; "et la voilà qui s’alluma et pour une durée plus longue que l’huile. Je m’en suis assuré auprès de ceux qui ont rempli[299] la lanterne d’eau"[300]. "Après deux heures d’absence, le dépensier, frère Francis entra dans la cellule du Père Charbel pour trouver la lanterne allumée; il s’en approcha, l’examina et y trouva de l’eau; le frère s’effraya, n’osa rien lui dire"[301]. "Il raconta devant moi, au Père Élias de Mechmech: "on a mis de l’eau dans la lanterne du Père Charbel au lieu de l’huile et la lanterne s’alluma; moi-même, j’ai été pour examiner la lanterne et j’y ai trouvé de l’eau"[302]. "Après le miracle de la lanterne, le supérieur ordonna Père Charbel de rentrer à l’ermitage après qu’il en eut été chassé par le Père Makarios"[303].
Chapitre II: les
efforts de la vie
A: Portrait du Père Charbel
I- Présentation
"Il était pur de cœur, d’une conversation agréable et accessible; clair dans ses paroles, sans aucune confusion; franc"[304]; "distingué par sa docilité, plus docile qu’un agneau, plus mince qu’une âme qui coule dans le corps. Je l’ai fréquenté, conversé avec lui; je l’ai connu un abîme de vertus, fertile en qualités"[305].
"Il était svelte, au dos droit, aux doigts longs"[306] "et minces"[307], "sérieux au cou et à la bouche proportionnés"[308], "au nez long et mince, aux cheveux long, selon la tradition des ermites"[309], "frêle de corps et mince"[310], "aux avant-bras maigres comme une pouce, au visage"[311] "rond"[312] "et mince comme une cuillère"[313], "mais dégagé"[314] "et illuminé, marqué par la gravité divine; il attirait tous les cœurs à lui"[315], "au front ridé"[316], "signalé par la gaieté, la docilité et la sérénité du cœur"[317]; "son visage reflétait la dévotion et l’amour de Dieu en même temps, en particulier pendant la prière. Une lumière céleste illuminait son visage, car le Seigneur est devenu sa force, sa richesse et sa joie permanente"[318]; "son visage était blême"[319], "d’un brun clair"[320], "bruni"[321], "par la chaleur du soleil"[322]; "à force de l’ascétisme et des veilles, il est devenu cadavérique (peau et os)"[323], mais "il marchait comme les perdrix"[324], "même durant sa vieillesse. Il était ardent dans toutes ses besognes"[325]; "à la barbe courte, rare"[326], "moyenne"[327], "de couleur initiale blondasse, sillonnée de poils blancs au milieu et aux tempes"[328], "rarement qu’il la lavait, elle lui descendait tressée"[329].
"Au début de ma connaissance avec lui, il aurait à-peu-près une trentaine d’années[330]; il n’était pas du tout grisonnant, sa chevelure, dans sa majorité à-peu-près a conservé la couleur noire, jusqu’à son décès"[331]. "Il se faisait toujours jeune; dans son visage[332], aucun cheveu blanc ne paraissait"[333]. "Sa taille, de l’épaule jusqu’au bas des pieds, mesurait 149 cm"[334], "et de la tête jusqu’aux pieds 160cm"[335].
II- Récits et événements
1- Blême
"Dans ma première visite à l’ermitage, j’ai convoqué les ermites; Père Charbel entra et s’assit en face de moi, les yeux baissés, les mains croisées sur ses genoux; il ne levait pas les yeux pour nous regarder, moi et le frère qui m’accompagnait, il ne parlait pas, ne nous posait aucune question; aux nôtres, il répondait brièvement et docilement. 6 ans après, vint ma deuxième visite, il était comme dans la première fois, dans son comportement, son attitude, sa manière de s’assoir et de parler; je n’ai remarqué aucun changement, sauf sa mine blême. Si son interlocuteur ne venait pas à remarquer le clignotement des yeux, il croirait qu’il était mort"[336]; "son corps fondait tellement dans l’amour de Dieu comme une bougie qu’il est devenu chétif, fragile et blême; son teint, à force de travailler à la chaleur du soleil, a beaucoup bruni"[337].
2- Son horaire
"Quand la cloche sonnait très tôt le matin pour le réveil, je venais à l’Église avec les moines pour la messe. Je voyais Père Charbel agenouillé tout droit près de la porte, derrière tout le monde; il demeurait dans cette attitude, son livre à la main, l’autre sur sa poitrine et son visage vers la terre; après quoi, il allait au champ muni d’une corde et d’une pioche, jusqu’au coucher du soleil; chemin faisant au travail, il tenait son chapelet et le récitait sans regarder ni à droite ni à gauche, sans parler avec personne. Parfois quand j’allais au champ pour me promener et me dégourdir à cause de l’ennui du travail à la cordonnerie, je voyais Père Charbel qui travaillait au champ, parfois à piocher sans lever la tête, y appliquait toute sa force tellement que la sueur jaillissait de son front à tremper son habit; d’autres fois, il construisait des murs de cloison qui entouraient les terrains: il portait les pierres, coupait herbe comme préparation à la semence. Midi sonnant, il se retirait dans un endroit caché, s’agenouillait sur les cailloux, bras étendus pour prier; après cette pause, il reprenait son boulot, toujours dans le silence parfait. Autour de lui, ne s’entendaient que les sons des coups de sa pioche se heurtant aux pierres, ou bien l’écho des pierres qu’il soulevait pour la construction des murs de cloison où qu’il jetait sur les tas des pierres; le silence était son intime et son compagnon. Le soir, il rassemblait de l’herbe et des bûches pour en faire un gros fardeau qu’il portait sur son dos et rentrait au couvent courbé sous son poids, chapelet à la main pour le réciter. Durant toute ma résidence au couvent, je ne le voyais pas à table parce que les dimanches, je m’absentais du couvent; et en cours de la semaine je n’entrais pas aux réfectoires des moines. Les jours où il neigeait et pleuvait, ainsi qu’aux dimanches et jours des fêtes en été, il ne sortait de l’Église que pour sa cellule"[338].
3- Ce que je voyais de mes propres yeux
"Il mangeait une seule fois le jour, selon la discipline des ermites. Le soir, à l’heure du manger, son compagnon l’appelait; il venait bras croisés, tête baissée, regard dirigé vers la terre, son capuchon lui arrivait jusqu’aux yeux; se tenant debout. Son compagnon l’ordonnait de s’asseoir et il s’assayait après avoir prié; assis par terre, pieds posés l’un sur l’autre, ramassant l’ourlet de son habit en dessous des pieds pour les cacher, mais toujours bras croisés, dans la même attitude susdite, attendant que son compagnon lui dise: "mange". Alors, il mettait son assiette d’argile devant lui, faisant le signe de la croix minutieusement et avec recueillement comme s’il était à l’Église; puis commençait à manger, silencieux, tranquille et décent. Il ne demandait jamais plus, ne disait pas que ceci était trop salé, que cela manquait du sel, et que cela n’était pas salé ou sans saveur, il s’appliquait à l’évangile: "mangez de ce qu’on vous donne". Il ne regardait ni autour de lui ni à ce que son compagnon mangeait. Son repas comprenait des légumes et de la céréale, cuisinées avec l’huile, et parfois avec du beurre. Après le manger, l’un de ses deux compagnons l’ordonnait à faire la vaisselle, alors il se levait énergiquement, d’un seul coup sans s’appuyer, priait et exécutait l’ordre. J’ai oui dire qu’il buvait l’eau de la vaisselle[339], ce que je n’ai pas vu cela, car il ne se mortifiait pas pour se laisser voir, mais il veillait à ce que cela fût en cacher; c’est pourquoi, on manœuvrait pour ravir en un clin d’œil un geste de sa part… et s’il arrivait que quelque chose tombait de l’assiette d’un compagnon ou quelques miettes se trouvaient par terre, il profitait de l’inattention de son compagnon pour les ramasser et les manger trempées dans de la poussière; et si son compagnon oubliait de l’appeler à manger, il ne se plaignait ni ne réclamait son repas, tout comme la marmite qui ne demande pas d’être remplie d’ingrédients du plat, si l’on oublie de les y mettre, il en est ainsi du Père Charbel. Je ne l’ai jamais entendu personnellement, ni par un tiers qu’il avait de préférence pour un mets, ou être dégoutté d’un autre, ou parler du manger"[340].
4- L’accueil des visiteurs
"J’ai connu Père Charbel durant l’été de 1897 alors que j’avais 24 ans. En ce temps-là, on allait, chaque été, voir des amis dans des endroits de la haute montagne en l’absence des grands hôtels, des voitures et des routes asphaltées; d’où comme moyen de transport, on se servait des chevaux et des ânes. Cette année-là, mon ami, Chikri Beik Arqach est rentré de Paris, après avoir obtenu un diplôme d’études supérieures en droit. Avec lui, j’ai décidé d’aller en excursion à Mayrouba chez le dignitaire, Bechara Al-Khazen… puis nous nous sommes dirigés vers Al-Aakoura et Al-Laqlouq, en traversant la montagne; étant déjà proches d’un ermitage, nous y sommes allés pour y voir un ermite, déjà célèbre pour sa vertu et sa sainteté dans la région. Nous sommes descendus à Ouwaïny… et de là nous nous sommes dirigés vers l’ermitage des Saints. Pierre et Paul. Nous nous sommes arrêtés pour nous reposer sous un chaîne où des gens étaient venus, il y a quelques jours, s’y ombrageaient, pour avoir la bénédiction de l’ermite. Pendant que notre conducteur nous préparait le repas, un moine, de grande taille, et maigre, vint du champ, tenant une faucille et une charge d’herbe en mains. Il nous salua, tête baissée; nous lui demandâmes l’autorisation de nous reposer et manger; il nous l’a permis, bon accueillant et content; puis il se donna à nous servir, nous offrant de l’eau et du raisin sans nous tenir compagnie. Nous l’invitâmes à manger, mais il s’excusa avec délicatesse et décence, balbutiant: "Merci, j’ai déjà mangé au couvent". De sa conversation avec Choukri Beik, je me rappelle le suivant: "C’est Dieu qui nous a crées, c’est lui qui prend soin de nous; Dieu est l’omnipotent, nous vivons bien sans mérite de notre part; que Dieu vous accompagne". Lorsque nous avons décrit prolixement la beauté des paysages étendus à perte de vue; de la montagne jusqu’à la mer, l’ermite répondit: "c’est un don de Dieu au Libanais; ce site est un don céleste pour y glorifier son Saint Nom; tout ce que nous possédons est à lui". Il n’a pas accepté de recevoir de nous ni cadeau ni présent. L’ermite écoutait le discours de Mr. Arqach sur les œuvres des ermites et des dévots en France, Charbel répondit: "La France est la fille aînée de l’Église". A ce moment-là, la cloche du couvent de Saint Maron sonna, annonçant l’Angélus; je lui demandai de faire la prière de l’annonciation qu’il recita, suivie de la litanie de la Vierge et le culte de la vénération de Marie; recueillis et agenouillés, nous répétions la prière après lui: il chantait à voix basse, sa tête enveloppée par son capuchon, penché vers la terre, ses yeux fermés, comme s’il était un ange transporté par l’Esprit vers le ciel… au moment de notre départ, l’ermite s’est mis debout avec modestie et délicatesse sans pareil, aux regards dirigés au-delà du cosmos, aux mains croisées sur sa poitrine, bredouillant les mots "Que Dieu vous accompagne". Je me rappelle que Chikri ne cessait de parler de l’ermite disant: "Ces dévots ermites sur les cimes des montagnes constituent le secret du Liban dans leur pureté et bonté"[341].
5- Charbel se comportait avec simplicité
"Un jour, je l’accompagnais alors qu’il portait sur son dos des arbrisseaux épineux pour en faire une haie à entourer la vigne; il vit par terre une tout petite enveloppe de bloque de papiers des cigarettes, qui porte l’image d’un chevalier; après quelques pas, il retourna et revient la ramasser; dès qu’il arriva à l’ermitage, il déposa l’enveloppe à côté d’autres images et s’est agenouilla pour prier. Je lui dis: "Qu’est-ce que tu fais?" Il me répondit: "C’est Saint Georges, et je le prie devant son image". Je lui répondis en riant: "C’est l’enveloppe de papiers de cigarettes". Il me l’a remis pour la jeter"[342].
B: Charbel,
l’apôtre (Mc
4,18; Mt 10)
I- Présentation
1- Les funérailles
"Quand on lui adressait un faire part de décès des villages"[343], "voisins, il participait au funérailles bien volontiers pour exécuter l’ordre de l’obéissance"[344]; "arrivé sur le lieu, il se dirigeait directement à l’Église, tandis que le supérieur accompagné des moines passaient tout d’abord à la maison des parents du décès pour escorter le cercueil à l’Église"[345], "une fois la prière funéraire terminée, il retournait vite à l’ermitage sans manger… et si on lui offrait d’argent, il le mettait dans sa poignée sans rien regarder et la présentait au supérieur"[346].
2-Les messes
"Si le supérieur l’ordonnait à célébrer la messe aux fermiers-associés, les dimanches et les jours des fêtes, il obéissait et retournait au couvent sans parler avec personne"[347].
3- Ministères (Ac 26,17-18)
"Père Charbel n’était ni curé de paroisse ni missionnaire; mais chaque fois que l’occasion se présentait pour servir les âmes, il y répondait avec réjouissance. Parfois il confessait ceux qui le lui demandait de ses confrères, les moines, les prêtres, des hommes selon ce que m’ont raconté quelques uns. Ses directives étaient qualifiées d’utiles et d’extrêmement salvifiques. Quand on l’appelait à visiter les malades et les attristés, il faisait de son mieux pour consoler les parents et les inviter à s’abandonner à la volonté de Dieu"[348], "en priant pour eux et pour leurs malades"[349], "priant également pour les bienfaiteurs et les pécheurs, les portant tous dans ses messes. Il ne préchait pas, mais il prodiguait ses conseils et ses directives à qui le lui demandait"[350].
II- Récits et événements
1- Joie et allégresse
"Un jour, l’ermite, le Père Makarios m’appela; en ce temps-là j’étais encore laïc, résidant à Al-Ouwaini, près de l’ermitage. Quand j’y suis arrivé, je vis un homme de Bqaakafra, le frère du Père Charbel, accompagné de sa femme, venus pour visiter et baptiser leur enfant. Père Charbel s’est entretenu seulement pendant trois minutes avec son frère, refusant systématiquement de communiquer avec sa belle-sœur, pourtant, la dernière était tout contente malgré le refus de l’ermite de la voir; c’est que tous les parents du Père Charbel ainsi que sa famille qui était une famille Sainte et cherchait la sainteté à son exemple. L’enfant de qui je fus le parrain, fut baptisé par le Père Makarios en l’absence du Père Charbel. Après une longue période, sa belle-sœur est revenue en visite à l’ermitage; en passant par la route de Al-Ouwaïni, elle m’a vu alors j’étais devenu prêtre, et me dit: "votre filleul qui est décédé, me disait avant sa mort, "amène-moi chez mon oncle, le Père Charbel, pour le voir". Je me suis attristé et j’ai pleuré; alors, elle me dit : "Bienheureux lui, il est au ciel". Elle le dit sans une seule larme"[351].
2- Il a refusé de baptiser
"Une fois, ma mère a porté mon frère Boutrous pour le faire baptiser par son oncle, l’ermite, Charbel. Il n’a pas voulu la recevoir, lui adressant quelques mots par derrière la porte fermée sans qu’elle pût le voir; il a aussi refusé de baptiser l’enfant qui a reçu son baptême des mains de l’autre ermite, compagnon du Père Charbel. D’ailleurs, il n’a pas permis à ma mère, et à sa cousine germaine, d’entrer à l’Église pour participer à sa messe; plutôt, elle l’a suivie à partir d’une lucarne, pratiquée dans la porte fermée de l’Église"[352].
3- Baptisez-les (Mt 28,19)
"Je soussigné, le Père Charbel de Bqaakafra, avoir baptisé Mikhaël, fils de Rouphaël Rizqallah Al-Chababi, le 8 Décembre 1873"[353].
"Boutros, fils de Challita, de Bqaakafra, de qui le parrain est Mikaël Al -Khoury de Chakhnaya, a reçu le Saint baptême de mes mains, le 7 Septembre 1887. Fait par le Père Charbel, l’ermite"[354].
4- Guérissez les malades (Mt 10,8)
"Une fois, le patriarche Boulos Massaad donna un ordre qu’on envoyât le Père Charbel aller à Ftouh Kesserwan"[355] "à Ghadress"[356] "pour prier et bénir les fils malades du dignitaire, Salloum Al-Dahdah; ce dernier avaient 5 garçons dont 3 sont morts d’une tuberculose et les 2 survivants en étaient atteints. Leur Père a sollicité le supérieur de lui envoyer le Père Charbel pour passer chez lui un certain temps afin de prier pour ses enfants et les guérir. Il y est allé, accompagné du Père Youssef Al-Kfouri et du frère Boutros de Mechmech"[357] "et Abdallah Youssef Aoun"[358] "ils ont demeuré environ un mois chez le dignitaire susdit; dès son arrivée, Père Charbel a demandé qu’on évacuât les femmes de la maison pour y rester. Il n’a quitté la demeure du dignitaire sus-mentionné qu’après la guérison des deux malades"[359] "au bout d’un mois environ. Après son retour à l’ermitage, je me suis présenté chez lui pour lui demander exprès: "comment ça va? Qu’avez-vous trouvé en route?" Il me répondit: "Je suis allé d’ici jusque là-bas et je suis revenu de là jusqu’ici"[360].
5- De se convertir à Dieu (At 20,21)
"Une année, et à l’occasion de la semaine Sainte, le Père Élias de Mechmech, supérieur du couvent Saint Maron de Annaya, a envoyé Père Charbel, à Mazraat Kfarbaal, où il y avaient les fermiers-associés du couvent, pour les aider à accomplir leurs devoirs spirituels pendant le carême, étant donné que leur curé ne jouissait pas des connaissances théologiques; il a accepté, bien volontiers, passant toute une semaine à servir par obéissance"[361].
6- J’accomplis le ministère que j’ai reçu
du Seigneur (At 20,24)
"Je sais qu’il menait une vie angélique se souciant de ses devoirs sacerdotaux dont il s’acquittait avec une exactitude extrême; Il ne parlait avec aucun des moines, sauf s’ils lui parlaient, alors ils leur répondaient. Je ne me rappelle pas l’avoir vu commencer une conversation. Il passait son temps entre l’Église et le travail du champ; malgré qu’il fût prêtre, il ne faisait rien à propre initiative, mais il attendait l’ordre du responsable des travaux champêtres; au cas où ce dernier s’absentait, il demandait la permission à n’importe quel frère ou domestique. Il ne demandait pas de sortir du couvent pour un ministère paroissial ou un autre travail. Une fois, il a célébré la messe à Kfar Baal, quelqu’un lui donna de l’argent qu’il mit dans sa main; une fois au couvent, il le remit au supérieur en lui disant: "Prenez cet argent qu’on m’a donné"[362].
7- Il nous demandait de lui copier des amulettes
"Père Charbel nous demandait, à moi et à mon frère Mikhaël, devenu plus tard moine, de venir chez lui les Dimanches, pour lui copier des amulettes des Saints Antoine et Cyprien pour les offrir à ceux qui les demandait pour les mettre chez eux et sur leurs vers à soie, comme bénédiction. J’ai continué à le fréquenter pendant 4 ans, où j’avais à ce moment-là environ 18 ans"[363].
8- Ils accouraient vers lui (Mc 3,9-10)
"Quand il arrivait dans un village pour participer à des funérailles, il se dirigeait tout de suite à l’Église où il restait pour que tout le monde en soit sorti, après quoi il revenait tout de suite au couvent. Faut-il parler de l’empressement des gens autour de lui et leur estime pour lui? Dès qu’ils pressentaient son arrivée, ils se précipitaient vers lui pour leur bénir l’eau"[364].
9- Ma nourriture, vous ne la connaissez pas
(Jn 4,32)
"Une fois, il a accompagné les moines pour participer aux funérailles dans le village de Mechmech. Après l’enterrement, les parents du mort ont invité les Pères au déjeuner à l’exception du Père Charbel qu’ils connaissaient réticent et préférait rebrousser chemin vers le couvent"[365].
10- Le banquet de la charité
"Une fois, Père Charbel a reçu l’ordre du supérieur de venir célébrer la messe aux habitants de Kfar-Baal. Mon grand-père lui demanda de présenter la messe à l’intention de ses morts; cette sollicitation fut acceptée par Père Charbel. Après la messe, mon grand-père a enfoui une somme d’argent dans un mouchoir qu’il lui présenta; dès que Père Charbel connut qu’il contenait de l’argent, il le refusa et lui dit: "donne-le, toi-même directement au supérieur" [366].
11- Jeune, lève-toi ! (Luc 7,14)
"Mon Père atteint de typhoïde, suivait un traitement chez les personnes, réputées par leurs connaissances médicales. Son mal s’est tellement aggravé qu’ils ont perdu tout espoir de le guérir et arrêtèrent le traitement"[367]; "il perdit connaissance et entra en agonie"[368]. "Ses frères et les parents ont eu recours au supérieur"[369], "Père Élias de Mechmech"[370] "afin d’envoyer Père Charbel pour prier à côté de lui; le supérieur a satisfait leur sollicitude, et Père Charbel est venu chez nous"[371] "la nuit"[372]; "des hommes et des femmes étaient réunis à la maison; dès que les femmes ont su qu’il arrivait, elles ont quitté la maison à l’exception de ma mère qui s’est couverte d’un drap. Une fois entré, il appela 3 fois mon père par son nom, disant: "Richa". Mon Père ouvrit les yeux; Père Charbel ajouta: "N’aie pas peur". Il aimait mon père qui lui servait la messe au besoin. Il a prié et béni l’eau dont il a aspergé mon père et lui en a donné à boire. En sortant, il dit: "Il n’y a plus rien à craindre". En effet, mon père reprit connaissance, mangea et but. Peu après, il s’est remis complètement et quitta sa couche"[373].
12- Donnez-lui à manger (Mc 5,43)
"Une fois, mon oncle, le médecin, Najib Beik Al-Khoury, atteint de la typhoïde se mourrait. Mon grand-père qui était médecin, croyait que la situation de mon oncle était grave et inguérissable. Ma grand-mère envoya quelqu’un auprès du Père Charbel lui demandant de venir le bénir, espérant qu’il le guérira. Père Charbel dit à l’envoyé qu’il viendrait la nuit. L’envoyé lui expliqua que le malade était entré dans une phase très grave et qu’il ne fallait pas tarder; il répondit: "nous irons immédiatement, mais je ne veux pas qu’on me voie"[374]. "Il ne voulait pas attirer l’attention des gens sur lui par humilité"[375]. "Quand il est arrivé, la fièvre était déjà très élevée et il a perdu connaissance. Après avoir prié Père Charbel prit un mouchoir, trempé d’eau, et le lui passa sur le front, sur le coup, il ouvrit les yeux"[376], "après quelques jours de perte de connaissance, et prononça deux mots: "Père Charbel"[377]. "Sa mère lui dit: "Embrasse-lui la main"[378]. "Père Charbel s’adressa à ceux qui étaient présents, en leur disant: "Glorifiez Dieu, le malade a guéri"[379]; "donnez-lui à manger". Ils ont hésité vu que l’enfant était atteint de typhoïde suite de laquelle les gens croyaient que la nourriture pouvait causer la mort du malade; mais Père Charbel a insisté de lui donner à manger; puis il repartit. Alors on lui présenta le repas; il en mangea et se reprit peu de temps après; son Père qui est, mon grand-père, revint à la maison; on lui rapporta ce que Père Charbel a effectué. Il reprit: "Plus de chance; puisqu’il a mangé, on n’a plus d’espoir". Mais l’enfant a guéri, grandi et est devenu médecin; il a vécu jusqu’à l’âge de 85 ans. Il a soigné plusieurs fois Père Charbel de son vivant"[380].
13- Talite, lève-toi (Mc 5,41)
"Une autre fois, Père Charbel fut convoqué pour bénir Gerges Jibraël, de mon village, Ehmej, atteint d’une grave maladie. Sur l’ordre du supérieur, il est allé passer une nuit chez lui dans la prière. Dieu l’a guéri grâce à la prière du Père Charbel"[381].
14- Prier pour eux (Mc 6,5)
"Je me rappelle qu’une fois les sauterelles envahirent la région; entre autres Ehmej. Les gardiens champêtres se groupèrent au couvent sollicitant le supérieur de leur envoyer Père Charbel afin de prier sur les sauterelles pour les éloigner. Il bénit l’eau, en aspergea les sauterelles qui s’éloignèrent. En même temps, il y avait dans le village des malades dans une maison atteints de fièvre typhoïdique; on a demandé au Père Charbel de venir les bénir; il répondit qu’il ne pouvait pas y aller sans l’autorisation du gardien, car le supérieur le lui confia; le gardien répondit: "Comment puis-je t’ordonner alors que tu es moine?!" Père Charbel dit: "Le supérieur m’a confié à toi; et je t’obéis; je vais là où tu m’ordonnes". Alors le gardien l’ordonna d’y aller avec lui pour prier sur eux"[382].
15- Lazare est mort! (Jn 11,14)
"Une fois, mon grand-père paternel, Boutros Saba Al-Khoury, qui pratiquait le métier de médecin (selon les traitements populaires, sans autorisation), fut appelé à Amchit pour soigner un malade, unique dans la famille d’un des dignitaires de Amchit , du nom de Jibraël Sleiman Abbas. Mon grand-père y passa 4 ou 5 jours s’efforçant de soigner le malade, usant de tous les moyens. Quant il a désespéré de sa guérison, il envoya un messager à son fils – qui est mon père – pour lui dire: "va à l’ermitage des Saints Pierre et Paul et demande à l’ermite, Père Charbel de t’accompagner à Amchit pour prier sur le malade". Mon père agit immédiatement et y arriva l’après-midi, expliquant à Père Charbel la mission dont il fut chargé. Au début, il hésita, puis il accepta à condition d’avoir l’autorisation du supérieur, Père Élias de Mechmech. Après l’approbation du supérieur, Père Charbel prit sa lanterne pour l’allumer en chemin, car il ne quitta pas son ermitage qu’après la tombée de la nuit pour ne voir personne et ne soit vu de personne; c’était son habitude durant toute sa vie d’ermite. Il a préféré marcher à pied, en disant à ses compagnons, le Père Maron de Mechmech, le Père Élias de Mahrin et l’ânier: "J’ai peur de tomber si je monte à dos de l’ânesse, car je n’en ai pas l’habitude. Après une longue distance traversée, il dit: "allons nous acquitter de l’obéissance à l’ordre donné". Arrivés à un endroit au-dessus de Mahrin, Père Charbel s’arrêta stupéfait: il[383] lui demanda: "Qu’est-ce qu’il y a? Hâtons-nous". Il répondit à mon père, qui le dépassait non moins d’une distance de 20 mètres, monté à dos de son cheval: "Ecoute! Ecoute! Ils disent qu’il est mort!". Alors, mon père arrêta son cheval et lui dit: "avec qui parlez-vous, Père Charbel?" Le Père répéta: "Ils disent qu’il est mort". Mon Père lui répliqua: "Pourquoi dites-vous cela? Avec qui parlez-vous" A ce moment-là il s’adressa à mon Père en lui disant: "Récite l’Angélus. Prions pour l’homme, car il est mort!" Puis, il s’agenouilla et commença à prier. Alors, mon père, tout troublé, fit le signe de la croix et descendu du dos de son cheval s’approchant du Père Charbel, avec recueillement extrême et secoué d’une émotion sans pareil pour le prier maintes fois de poursuivre sa marche, après avoir marqué l’heure à laquelle il dit les paroles sus-indiquées. Père Maron dit à Père Charbel: "Continuons notre marche, par obéissance à l’ordre du supérieur". Après une brève hésitation, Père Charbel accepta, après que mon père lui eut fait comprendre les difficultés qu’il pourrait rencontrer en chemin de retour, à cette heure tardive de la nuit. Donc il poursuivit son chemin à pas lents et hésitants – comme on le dit selon le proverbe libanais populaire: un pas en avant, un autre en arrière. Il répétait: "Il est inutile d’y aller. Il n’est plus nécessaire de continuer la marche, car la mission pour laquelle le supérieur nous a donné l’ordre de nous acquitter est terminée, car le malade est mort". Mais vu que mon grand-père avait demandé immanquablement la présence du Père Charbel d’un côté, et de l’autre l’incrédulité de mon père concernant le décès du malade, insista à ce que l’ermite continuât la marche. Et voilà; arrivés à quelques 500m de la maison du malade, ils entendirent des cris et des pleurs. En vérité, le malade est décédé. A ce moment-là, mon père commença à questionner Père Charbel sur sa capacité de savoir la mort du malade alors qu’ils étaient à une heure et demie de marche[384] de Amchit , d’où l’on ne pouvait ni entendre des sons ni voir le village; mais Père Charbel ne répondit pas, continuant sa prière. Arrivés à la maison, mon père se renseigna sur l’heure du décès qui coïncida avec le moment où Père Charbel s’arrêta en route pour dire: "Ils disent qu’il est mort!" Alors, mon père leur raconta ce qui s’est passé en route et les assistants s’étonnèrent et regrettèrent de ne pas avoir appelé l’ermite plus tôt. Cette nouvelle s’est répandue dans Amchit et sa localité. Mon père a raconté cette nouvelle une vingtaine de fois, devant moi et devant d’autres parmi lesquels: des prêtres et des dignitaires. Suite à cet événement les habitants de Houjoula, de Bachtilda et de Aalmat, tous des musulmans Chiites, venaient chez Père Charbel pour les bénir, et lui amenaient leurs malades, sollicitant auprès de lui la guérison. Quant à Père Charbel, je n’ai jamais entendu les gens dire qu’il a parlé de cet événement ou d’autres qui s’accomplissaient par son intercession et dont parlaient les gens"[385].
16- Le malade est mort
"Youssef, fils d’Élias Antoun, du village de Mechmech, a été atteint d’une grave maladie. Les parents du malade demandèrent au supérieur de leur envoyer Père Charbel pour prier sur lui. Il y est allé par obéissance. Arrivé au milieu de la route, il s’arrêta silencieusement stupéfait environ 5 minutes, puis dit au messager: "Je reviens à l’ermitage"[386]; "à quoi bon d’aller à Mechmech alors que le malade vient de rendre l’âme maintenant"